J’admets que la formule est un peu poussive. C’est pourtant cette solution que l’homme envisage dans sa course contre le réchauffement climatique. 

Alors que le GIEC recommande de planter un milliard d’arbres, nous nous rendons compte que des programmes de reforestations s’avèrent peu efficients.

  • Une solution partielle

La forêt est une organisation complexe d’êtres vivants s’équilibrant sur des siècles, et non un simple peuplement d’arbres.

Pendant longtemps, nous entendions que les arbres nous faisaient respirer, alors que cette thèse n’est pas retenue par les scientifiques. 

En effet, notre oxygène n’est que la résultante de photosynthèse d’algues datant de l’ère protérozoïque (démarrant il y a 2,5 milliards d’années).

En réalité, le monde végétal a façonné le milieu élémentaire de la vie, les sols, l’atmosphère depuis des milliards d’années.

L’importance des végétaux réside dans leurs infinies vertus à nourrir les espèces, constituer différentes matières (comme le pétrole, le gaz, des dépouilles végétales) et à perpétuer le cycle de l’eau grâce à l’évapotranspiration, indispensable à la formation des nuages. 

Certes, les végétaux relâchent de l’oxygène par le processus de la photosynthèse, mais ils en consomment le jour et la nuit (et donc relâchent du CO2). 

Aujourd’hui, nous ne pouvons pas déterminer le ratio oxygène- co2 des plantes. Les hommes misent donc sur la capacité des arbres à stocker du carbone, une donnée mesurable. 

C’est pourquoi l’homme choisit cette solution pour contenir les effets du réchauffement climatique. Les américains planchent d’ailleurs sur une espèce capable de contenir dix fois plus de carbone. 

  • Puits de carbone !

Depuis l’ère industrielle, nous découvrons que les végétaux ont stocké 30% de plus de carbone. Une bénédiction, grâce à eux la cocotte-minute n’explose pas. On découvre aussi que le CO2 dope leur croissance, mais altère les nutriments présents dans les feuilles et le bois.

L’engouement des programmes de reforestations a mis un peu de baume de cœur… jusqu’à ce qu’on découvre que les arbres replantés étaient coupés au bout de quelques décennies. 

A l’échelle humaine, c’est une durée conséquente mais pour un arbre, c’est le faucher dans la fleur de l’âge. À un moment où il rejette plus de dioxyde de carbone, car il est en pleine croissance. 

Par ailleurs, le carbone présent dans le tronc se libère dans l’atmosphère, alors que dans une forêt primaire au bel âge, les cycles de vie et de mort sont simultanés. Les matières organiques se décomposent pour nourrir de jeunes pousses et permettent ainsi une neutralité carbone. 

Enfin, la reforestation ou plutôt la préservation du monde végétal repose surtout sur l’ambition politique des hommes. Pas certaine que le choix d’occupation des sols se décide autrement que par les ressources que nous pouvons exploiter.  

  • L’ouverture sur la biodiversité. 

Fraichement établie, l’importance de la biodiversité dans la création d’un écosystème viable fait heureusement son bonhomme de chemin. 

La monoculture ayant montré ses défauts, que ce soit en forêt ou en agriculture : mauvaise croissance des végétaux, appauvrissement du sol et baisse de la biodiversité, (je passe le couplet sur les pesticides), on s’intéresse désormais au vivant, sans le contraindre. 

Certains ont rabattu les cartes, comme le botaniste, Akira Miyawaki, créateur de forêts vierges à travers le monde. 

Exit les espacements entre les arbres des forêts conventionnelles, ce japonais recommande de planter trois différentes espèces indigènes, (sauvages bref solides) par mètre carré ! 

Les résultats sont époustouflants. La faune accourt, les arbres poussent 10 plus rapidement grâce à la synergie des racines. Avant d’évoquer l’intelligence des végétaux, profitez d’une petite balade en forêt tropicale. https://www.youtube.com/watch?v=pZPoh7VWZLM&feature=emb_logo

  • Les végétaux, des êtres collectifs. 

C’est en 1983 que le chimiste Baldwin alerte son ami botaniste, Jack Schultz, pour lui révéler sa stupéfiante découverte – les arbres parlent ! La communication aérienne des peupliers face à un danger va révolutionner notre regard sur les végétaux, autrefois perçus comme de simples objets. 

Même si le monde scientifique se divise toujours sur la question de la conscience des végétaux, les études comportementales des plantes se multiplient, au même titre que celles des espèces animales. 

Les plantes échangent par des émissions chimiques et par leurs racines, mais communiquent également avec d’autres animaux, en convoquant par exemple, des prédateurs pour se débarrasser de leurs agresseurs. 

Des études montrent aussi des liens sociaux, comme les échanges de nutriments entre une plante-mère et ses petits, ou de la concurrence inter-espèces. 

D’un point de vue physiologique, les chercheurs ont trouvé plus de 700 capteurs : chimiques, thermiques, mécaniques, nerveux… Les plantes seraient capables de percevoir l’ultraviolet, l’infrarouge, de décoder de centaines de signaux olfactifs.

Superhéroïnes, certaines changent leur physiologie pour se protéger d’un changement climatique. 

Bref, les végétaux sont des êtres hypersensibles. Unes et multiples à la fois, grâce à leurs « moteurs moléculaires ». Elles vivent silencieusement, mais nous dépassent par leur capacité organique à se multiplier, à croitre et à se modifier.  

  • Vers la fin de l’anthropocentrisme?

Le philosophe Michael Marder intègre la végétalité dans sa pensée.

Il invite l’homme à s’intéresser à certaines spécificités communes, comme l’altérité de notre corps par nos cheveux, nos ongles, mais aussi la photosensibilité de notre peau. 

Egalement, la fin du discours du biologiste Lincoln Taiz, en opposition avec les neurobiologistes végétaux…Malgré sa prudence de chercheur, il porte un regard humble sur le monde végétal : 

« Même si les plantes n’ont pas la complexité nerveuse requise pour la conscience chez les animaux, elles restent des organismes remarquables, dignes de notre admiration, respect, études, et efforts de conservation. C’est déjà bien suffisant qu’elles soient capables de convertir la lumière du jour, le dioxyde de carbone et l’eau en composés carbonés complexes qui supportent toute la vie multicellulaire sur Terre. On ne devrait pas exiger d’elles qu’elles soient également conscientes de le faire ! »

Différentes sources:

https://www.cell.com/trends/plant-science/fulltext/S1360-1385(19)30099-8)

https://www.echosciences-grenoble.fr/articles/d-ou-vient-l-oxygene-que-nous-respirons

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